Pourquoi tous les ans une vache illustre-t-elle l'affiche du salon de l'agriculture ?
 
publié le 2 mars 2018
 
 Bonjour,
 
 Nous avons posé la question aux organisteurs du Salon de l'agricultre et voici leur réponse:
 
 Le choix de la vache comme égérie du Salon s'explique par le fait que l'espèce bovine est tout d'abord intrinsèquement liée, dans l'esprit des Français, à l'élevage. Au fil des éditions, l'image de "la vache star" s'est naturellement imposée pour en devenir le symbole aujourd'hui immédiatement identifiable ! Du bestiaire des livres pour enfants aux films et publicités, la vache constitue un personnage récurrent de la culture française. Et pour cause: le placide bovin représente une composante majeure du paysage et inspire la sympathie du public. La vache est un véritable symbole. Au cours des enquêtes menées auprès des visiteurs, on s'est aperçu que ce mammifère capitalisait tout le Salon dans son ensemble.
 
 Sur le site de l'événement, les organisateurs précisent que la vache est devenu l'emblème du Salon depuis l'an 2000. «Chaque année, le Centre national des expositions et concours agricoles (Ceneca) et le comité élevage désignent une race à mettre à l'honneur», puis un organisme de sélection choisit un animal parmi la race retenue. Cette année, Haute, la vache égérie représente la race Aubrac. «Si la vache connaît une forte médiatisation, cette stratégie visuelle a plusieurs objectifs: promouvoir une race mais également les hommes dont l'activité est liée, les produits qu'elle fabrique et le territoire dans lequel elle vit», commentent les organisateurs.
 
 
 Les bovins en valeur dès le premier concours agricole de 1844
 Mais l'importance du bovin au Salon remonte à bien avant le lancement de cette campagne de communication. Rappelons que le Salon international de l'agriculture reçoit chaque année le Concours général agricole, une compétition vieille de 174 ans. Cette compétition, installée dès 1925 au Parc des expositions de la Porte de Versaille - bien avant le Salon dont la première édition remonte à 1964 -, permet à l'origine de mettre en valeur la production bovine et ouvre progressivement ses épreuves «aux beurres, aux fromages, aux animaux de basse-cour, aux fruits et légumes, aux vins et même aux fleurs».
 
 Dans un article publié en 1996 dans la revue Histoire, à l'occasion du Salon de l'agriculture, l'historien Jean-Luc Mayaud revient sur l'origine de la compétition :
 
 Elle est due à l'initiative d'un petit groupe de hobereaux [petits nobles qui vivent sur leurs terres, ndlr] désireux de promouvoir les bœufs anglais de race Duham qui peuvent atteindre les mille kilogrammes en près de trois ans. Leur élevage doit donc permettre de répondre rapidement à la demande en viande d'une population française qui dépasse les trente-deux millions depuis 1830.
 
 La première édition se tient le 3 février 1844 sous la monarchie de juillet (1830-1848). «La date n'a pas été choisie au hasard: elle précède de quelques jours le mardi gras, et les organisateurs espèrent bien profiter du traditionnel défilé du bœuf gras pour y faire parader les animaux lauréats.» Critiqué parce qu'il favoriserait trop les bœufs anglais, le concours s'adapte «aux réalités françaises» et «s'efforce de valoriser les races locales». L'Etat redevenu républicain crée en 1881 le ministère de l'Agriculture. Il «veut que le Concours général serve les intérêts non pas d'une "fédoalité agricole" mais d'une "démocratie rurale" dans laquelle elle reconnaît ses électeurs potentiels». En 1883, l'Etat institue un nouveau concours pour favoriser «le développement du "bœuf républicain"».
 
 Depuis, le Salon s'est imposé comme un événement national couvert chaque année par les médias. Dans un autre article publié sur en 2013 sur l'Obs, Jean-Luc Mayaud estime que le Salon montre notamment que le regard porté sur l'agriculture n'a pas évolué:
 
 Pendant quelques jours encore, on verra des images de buffets pantagruéliques, de vaches saines et opulentes et de "paysans" fiers et dignes. On entendra le dialogue de la fermière et du ministre, les revendications du syndicaliste et celles du "petit producteur bio". On partagera l'émerveillement du badaud avec ou sans enfant et la nostalgie du collectionneur de cartes postales anciennes. Mais on évitera l'ingénieur zootechnicien, le semencier et le marchand d'aliment. Hier héros du progrès, ils sont aujourd'hui les inquiétantes figures d'une biotechnologie symboliquement associée à la prédation marchande et aveugle.
 
 Comme l'expliquent les organisateurs du Salon plus haut, la vache est un «symbole» qui attire les visiteurs. En 2017, plus de 600 000 personnes se sont rendues à «la plus grande ferme de France».
 
 Un «symbole» qui n'est d'ailleurs pas du goût de tout le monde. Dans une tribune publiée dans Libération le 28 février le géographe Gilles Fumey dénonçait:
 
 
 L'affiche du Salon est doublement mensongère : elle met en avant une vache seule sur des hauts plateaux qu'on espère d'Aubrac, alors que près de 90 % des vaches en France sont en élevage intensif, paissant parfois dans la nature mais le plus souvent en stabulation, nourries au fourrage sec et surtout avec des concentrés, des brisures, des farines et des tourteaux de soja. Mais surtout, elle ment sur les vaches, dont les neuf dixièmes du troupeau français sont écornées.
 
 Cordialement,
 
 Emma Donada